Entre Pères & Mers

Phare de la Jument

47770 - 48° 25,4' N - 5° 08,1' W

"Nul n'a passé Fromveur sans connaître la peur"

Le phare de la Jument balise avec Kéréon, la bouée "Pierres Vertes" et Men Korn, le passage du Fromveur au sud est d'Ouessant.

Comme pour Eckmühl et Kéréon, la Jument est un Phare dont l'existence même est lié à un legs. Même si il existait bien un projet de balisage sur cette roche de Ar-Gazec (Jument), il n'aurait certainement pas eu cette importance, la nécessité d'une telle construction elle même est contestable.

Charles Eugène Potron était membre de la société de Géographie de Paris, il décida par voie testamentaire de léguer une partie de sa fortune au service des phares et balises en vue de la construction d'un phare. Ironie du sort, ce legs était toute fois soumis à une réserve, le phare devait être achevé dans un délais de sept ans. Au delà de ce délai, la somme serait alors reversée à la Société Centrale des Naufragés.

"Je sous signé Charles Eugène Potron, demeurant à Paris, rue du Sommerard, 11, lègue la somme de quatre cent mille francs, 400 000 francs, pour l'érection d'un phare, bâti de matériau de choix, pourvu d'appareils d'éclairage perfectionnés. Ce phare s'élèvera sur le roc dans un des parages dangereux du littoral de l'Atlantique, comme ceux de l'île d'Ouessant. La désignation sera celle de la localité. On gravera sur le granit : "Phare construit en vertu d'un legs de Charles-E. Potron, voyageur, membre de la Société de géographie de Paris". En cas de non-acceptation ou de non-exécution dans un délai de six à sept ans depuis la date de mon décès, la totalité de cette somme reviendrait à la Société centrale de sauvetage des naufragés pour la construction de canots et d'engins de secours. Mais cette substitution ne s'effectuerait que dans l'absolue impossibilité de réaliser ma première intention ; s'il est héroïque de remédier aux sinistres dans la mesure extrême des forces humaines, il vaut mieux encore les prévenir".

Le secteur du passage du Fromveur est l'un des plus dangereux des côtes Bretonnes, de nombreux navires s'y sont perdus et, à cette époque, l'opinion est encore sous le choc du naufrage du "Drummon Castle" navire parti du Cap et reliant Londres qui se déchira sur les "Pierres Vertes" dans la nuit du 16 au 17 juin 1899. Ce naufrage eu pour conséquence immédiate (le lendemain) de signaler le rocher par une bouée à sifflet et provoqua la décision de baliser les écueils les plus avancés de Ouessant. Il est bon de signaler que ce naufrage avait fait 297 victimes.

La première idée des ingénieurs du service fût de construire ce phare sur les "Pierres Vertes", l'ingénieur en chef Willotte fit dans ce sens plusieurs repérages. Mais c'est l'opinion de l'ingénieur en chef Ribière qui fut retenue, après un repérage de Ar Gazec. Ce rocher mesure quelques dizaines de mètres carrés totalement immergés à marée haute et émergés d'à peine un mètre à marée basse, balayé par une mauvaise mer et un courant allant jusqu'à 8 noeuds, le rocher est particulièrement dangereux. La construction de ce phare aura été périlleuse sur le chantier comme dans les bureaux du service, le délai de sept ans ayant été dépassé de quelques mois, la flatterie et les négociations auront été nécessaire pour conserver le legs. Malgré tous ces efforts le phare semble fragile et dix années de travaux de finition et de consolidations et 850 000 francs auront été nécessaires pour l'aider à affronter les éléments.

Tout le monde connaît la silhouette de cette tour de maçonnerie de granit ne serait ce que pour l'avoir vue sur cette photo de Jean Guichard où l'on peut voir Théo Malgorn, gardien du phare, sortir sur le rocher pour voir l'hélicoptère de Guichard alors qu'une énorme vague entoure littéralement le phare. Le gardien n'a que le temps de se précipiter dans la tourelle et de refermer la porte avant que la lame ne lave le balcon.

 

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  • Au XIX eme siècle, l'ingénieur en chef Maîtrot de Varennes préconise de baliser la roche Ar-Gazec à l'entrée du courant de Fromveur.

  • Nuit du 16 au 17 juin 1899, naufrage du "Drummond Castle".

  • 20 Février 1904 Décret ministériel décidant de la construction d'une tourelle de hauteur indéterminée et de 7 mètres de diamètre.

  • 27 mars 1904 Décès de Charles Eugène Potron.

  • De mai à Octobre 1904, 17 accostages ont lieu et le chantier totalise 51h30 de travail.

  • D'avril à Octobre 1905, 59 accostages pour 206 heures de travail soit 100 m3 de rocher.

  • 1909, 79 accostages, le chantier totalise sur cette année 388h30 de travail.

  • 1911, baptême du chaland du chantier de construction : "Eugene Potron"

  • 15 Octobre 1911, Allumage du phare inachevé, les aménagements intérieurs se feront durant les 3 années qui suivirent

  • 21 au 23 décembre 1911, une tempête occasionne des dégâts sérieux à la construction, des vibrations étranges, des fissures imposent des réparations. La cuve de mercure débordera même durant la tempête, les gardiens ont ramassé le mercure à la main, il souffriront par la suite d'une intoxication.

  • Octobre 1912, demande de crédit pour les réparations.

  • Avril 1914, les crédits sont accordés, les travaux débutent, ils dureront plus de dix ans.

  • 1934, décision d'ancrer le phare dans la roche à l'aide de câbles.

  • 1937, utilisation du propane comme combustible.

  • Juillet 1991, Automatisation du phare. 

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    Le phare de la Jument est équipée d'une optique lenticulaire à 6 panneaux au 1/6 ème de focale 0,70 mètre. Placée à 41,25m au dessus des hautes mers, l'optique porte le signal d'une lampe de 250 watts à 21 milles nautiques. Le signal se caractérise par trois éclats rouges toutes les 15 secondes.

    3 E. R. 15 s [(0,3 ; 2,7) 2 fois ; 0,3 ; 8,7]

    Vis. 241-199 (318)

    CORNE 3 sons 60 s [(2;3) 2 fois ; 2 ; 48]

     

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    Page réalisée en janvier 2003 - Photos du 21/11/2002